15.05.2012
Danger en France : Ni Hollande, Ni Ayrault ne connaissent l’administration publique !
En ce 15 mai 2012, la France est déjà dans le « changement ». Mais, dans quel sens ? En effet, elle a porté à sa tête, des hommes qui ne sont pas du « réseau » de par leurs parcours respectifs. Le fait que François Hollande et Jean-Marc Ayrault n’aient jamais été dans un gouvernement au paravent reflète une certaine virginité dans la classe dirigeante française mais, ne signifie pas du tout le renouvellement de la classe politique et surtout, le changement des habitudes.
La méconnaissance de ce qu’on appelle en France « réseaux [lobbies]» suppose que l’exécutif français est coupé des réalités ayant concouru à la prise des décisions jusqu’à nos jours. « De l’extérieur, ils critiquaient sans connaître le niveau du mal à l’intérieur ». D’ailleurs, Hollande l’a déjà reconnu en matière de dette publique. Ils devront être initiés à la chose publique tout en laissant une certaine marge de manœuvre aux initiateurs d’être de bonne foi et d’interpréter les faits.
Pour rappel, la triste réalité de la mise en œuvre des politiques publiques est qu’une décision administrative est presque toujours le fruit du lobby dominant. Au-delà des principes de légalité et de proportionnalité, c’est en quelque sorte la loi du plus fort, et souvent, « la loi du plus riche ». Ne connaissant pas ces lobbies, Hollande et son Premier ministre risquent de vivre en perpétuelle alerte de duperie. On pourrait s’attendre à régime plein de ragots.
Un scénario serait que Hollande décide d’ignorer les « barrons » qui font la pluie et le beau temps en France. Mais, ce n’est pas réaliste car, il ne pourra pas recréer la France en 5 ans. Il devra conjuguer au moins avec une bonne partie. Ces gens lui dicteront alors leurs « fameuses » lois « non socialistes [capitalistes] ». Just wait and see.
20:26 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : hollande, france, kakdeu, réseau, gouvernement
04.05.2012
Débat Sarkozy/Hollande : Analyse d’impact après deux jours du débat.
Le mercredi 02 mai 2012, les candidats admis au second tour de l’élection présidentielle en France (Nicolas Sarkozy et François Hollande) ont participé au traditionnel débat de l’entre-deux-tour. Du point de vue de l’étude d’impact, on enregistre dans l’opinion les observations et remarques suivantes : « Hollande a dominé Sarkozy », « Hollande a été plus clair que Sarkozy », « Hollande a réussi son pari de montrer une posture présidentielle », « Hollande a été plus offensif que Sarkozy », « Hollande a été agressif », « Hollande a montré une image qu’on ne connaissait pas de lui », « Sarkozy a sous-estimé Hollande », etc. Pourtant, dans le fond, aucun des deux candidats n’a introduit un nouveau sujet. Au contraire, le débat pouvait même être jugé « ennuyeux » sur le plan des idées défendues. La question est donc de savoir ce qui a réellement fait la différence. Pourquoi cette sympathie affichée par l’opinion pour Hollande ? Hollande s’est-il surpassé ? Sarkozy a-t-il affiché une piètre prestation ?
Du point de vue de l’analyse interactionnelle, la réponse est bien évidemment mitigée. Hollande et Sarkozy sont restés eux-mêmes sur leurs positions respectives et la distribution des tours de parole a fait le reste. En effet, pour qu’il y ait débat, il faut que deux ou plusieurs interlocuteurs s’expriment à tour de rôle. Dans toute interaction, les participants sont soumis à un système de droits et de devoirs dans la prise de parole. Un premier intervenant I1 a le droit de garder la parole pendant un certain temps et a le devoir de la céder à un second intervenant I2 à un moment donné. Par conséquent, l’intervenant I2 a le devoir de laisser parler I1 et de l’écouter mais, a le droit de réclamer la parole à un moment donné et le devoir de la prendre quand on la lui cède. On observe clairement que l’intervenant I2 a plus de devoirs que I1 en ce sens qu’il peut se retrouver obligé de prendre la parole quand il ne le souhaite pas ou quand il ne le faut pas. Mercredi dernier, Hollande était toujours en position I1 et Sarkozy en position I2. De façon volontaire ou non, les organisateurs du débat se sont limités à chronométrer les temps de prise de parole et à résoudre par tirage au sort l’équation de l’ouverture et de la clôture du débat. Ils n’ont pas régler le problème de tour de parole et Hollande en a profité. Sans entrer dans les considérations d’ordre scientifique, un tour de parole se définit en sociolinguistique simplement comme le mécanisme d’alternance des prises de parole. Un tour de parole a une unité qui constitue la contribution verbale d’un locuteur à un moment donné de l’échange. Dans un débat politique, on parlerait plutôt de la contribution d’un locuteur sur un thème donné (économie, emploi, immigration, Europe, etc.).
Les conseillers en communication de Sarkozy ont dû négliger la pertinence de la prééminence du tour de parole. Une règle basique dans le monde de la communication est qu’il faut parler en premier et contrattaquer après (créer le « bruit [diversion]» dans la prise de parole de l’adversaire). C’est ce que Hollande a fait avec réussite. Tout au long du débat, Hollande était le premier à présenter son programme (unité verbale distinctive) obligeant ainsi Sarkozy à en discuter (devoir de réplique inconfortable en situation I2). Par conséquent, l’effet cognitif de cette prééminence de Hollande s’exprime par « Hollande était plus clair », « Hollande était plus offensif », « C’est Hollande qui menait le débat », etc. En effet, le devoir d’écouter (bienséance habituelle qui consiste à ne pas couper la parole à son interlocuteur) a largement joué contre Sarkozy dans la mesure où Hollande prenait de longues minutes à exposer « clairement et de façon audible » son programme et opposait la réactivité (appelé par le spectateur « agressivité ») à la prise de parole (devoir de réponse) de Sarkozy. Cette belle stratégie de Hollande n’a pas eu une contre-stratégie de la part de Sarkozy dont les conseillers ont dû privilégier la tempérance à l’impulsivité qu’on lui reproche souvent.
Un autre effet cognitif engendré par la prééminence de Hollande dans la prise de parole est l’exposition de la posture présidentielle qu’on lui réclamait. En effet, le spectateur pouvait avoir l’impression que Hollande était le Président (qui propose) et que Sarkozy est le challenger ou l’opposant (qui critique). Hollande est allé au-delà des espérances : il n’était pas simplement « présidentiable » comme on recherchait, il était le « Président » qui menait la danse.
Ainsi, si tel a été l’objectif de communication des conseillers de Hollande, alors ils auraient bien vu. Deux jours après le débat, on peut dire que l’impact est positif pour lui. On peut dire aussi que de façon consciente ou non, les organisateurs du débat ont favorisé Hollande en ne régulant pas l’alternance des tours de parole. En d’autres termes, l’inégalité dans la répartition des tours de parole a emporté Sarkozy. Il reste maintenant aux urnes de confirmer ou d’infirmer cette analyse. En attendant, la répartition des tours de parole dans les prochains débats devrait être équitable : si un candidat prend la parole en premier sur un thème (unité verbale), l’autre devrait le faire sur le thème suivant. De façon pragmatique, l’égalité parfaite des temps de parole n’a aucun effet cognitif (impact) sur le spectateur. Il contente peut-être les participants mais, dans un débat comme celui-là (où l’on connait longtemps à l’avance le programme des candidats), l’essentiel est de marquer l’opinion.
15:00 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, hollande, france, élection présidentielle de 2012, kakdeu, lmk, débat de l'entre-deux-tour
29.03.2012
Mali: ATT paye pour le consensus mais, élève le débat démocratique en Afrique
"Pour moi qui suis aussi soldat et officier de cette armée, vous pouvez imaginer que je n'aurais jamais souhaité des affrontements entre les forces armées uniquement pour protéger un homme." ATT sur RFI
Voilà un homme qui fait juste. Il a compris que la politique ne doit pas être un régime dans lequel le peuple meurt pour un individu à l'ivoirienne (dérive présidentialiste) mais plutôt, un régime dans lequel les leaders meurent pour le peuple. Pour cela, le Mali reste un modèle de démocratie en Afrique. Une démocratie futuriste; une démocratie qui ne tue pas le peuple; une démocratie qui se met au service du peuple.
Finalement, le coup d'Etat au Mali nous ramène à l'orthodoxie politique et nous offre le sens que devrait avoir l'engagement politique. La politique sous le présidentialisme a perdu son sens. Hormis les actions politico-militaires, elle consiste pour les partis politiques à se consacrer à la conquête du pouvoir au lieu de s'occuper du peuple. Ce peuple qui n'est plus le bénéficiaire des actions publiques. Il est le paria de la conquête du pouvoir. Les politiciens sous le régime présidentiel ne s'intéressent qu'à la conjoncture (l'émotionnel) dont la gestion leur permet de se faire élire en dépit des réformes structurelles impopulaires qui sont pourtant de l'intérêt du peuple.
Vu sous cet angle, la démocratie malienne n'est pas en régression. L'attitude d'ATT qui s'est laissé renverser élève le débat démocratique en Afrique. "le plus important pour moi aujourd'hui (après 22 ans au service de la démocratie) ce n'est pas ma personne, dit-il. Je pense que le plus important aujourd'hui, ce n'est pas ATT, ce n'est pas les hommes, ce qui est important c'est la démocratie, c'est les institutions, et c'est le Mali." Il a malheureusement raison et je pense que c'est le sens que l'engagement politique devrait prendre.
Pour rappel, ATT, le président de la République du Mali a été renversé par une mutinerie le 21 mars 2012. Au lieu de réprimer les mutins et au-delà son peuple comme le feraient certains, il a préféré perdre son poste et cela a épargné son pays du bain de sang. Au-delà de sa gestion "incompétente" de la guerre au nord du Mali, il est reproché à ce démocrate des temps modernes d'avoir instauré "le consensus" pour gérer le pays. Vu de la Suisse, le principe de concordance est implacable et il serait complètement absurde de concevoir qu'un homme soit chassé du pouvoir pour avoir essayé de faire cet exercice en Afrique. Je pense que ce principe est d'avenir et qu'ATT était en avance sur son temps en Afrique. A ceux qui cherchent des modèles, il faut dire qu'avec ce principe, la Suisse est en paix depuis 12 siècles et que ce pays est prospère. Le peuple est mieux au centre des préoccupations des politiques (de milice) que dans d'autres prétendues "grandes démocraties".
A nous de méditer et de discuter pour en tirer les leçons qui s'imposent.
11:25 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : mali, att, amani toumani touré, lmk
26.01.2012
Énième cas de violation des droits humains au Cameroun
Description des faits
L'abbé François-Marie Gnammi, un prêtre d'origine béninoise, a été interpellé à Douala et conduit de force à Yaoundé en violation du Code de procédure pénale du Cameroun. Ce n'est pas la première fois que la Police judiciaire du Cameroun ignore la loi dans l'exerce de ses fonctions au point où il est pertinent de se demander à quoi sert le Nouveau Code de procédure pénale promulgué en 2005. Voici le récit de la victime et les situations de violation flagrante de la loi qui en découlent:
Le prêtre raconte:
«Annie Michèle Fonjo m'a été présentée par sa tante Stéphane Guemdjo, il y a environ trois mois. Sa tante m'a expliqué qu'elle était venue passer quelques temps chez elle. Je ne vais pas rentrer dans les détails de ce qu'elle m'a dit parce qu'il s'agit d'un secret confessionnal. Je peux juste vous dire qu'elle souffrait d'obsession suicidaire. En fait, elle a essayé de se suicider plusieurs fois. Pour résumer, elle a subi des violences spirituelles. Je ne peux pas vous en dire plus. Il faut juste vous dire que ça fait trois mois que j'essaye de la soutenir. J'ai reçu des coups de fil de ses parents et des gendarmes, mais je ne savais pas que cela était aussi sérieux. D'autant que je suis dans mon rôle de prêtre. Celui d'apporter de l'aide aux personnes en difficulté. Après sa confession, j'ai fait des prières avec elle et je lui ai donné une croix. C'est dès ce moment que les problèmes ont commencé. Il faut aussi rappeler que je suis étonné des motifs qui sont évoqués dans la plainte déposée par monsieur Fonjo à la gendarmerie. Il m'accuse d'avoir séquestré sa fille mineure et de l'avoir droguée. Ce qui évidemment est faux. Je suis aussi étonné que la police vienne m'interpeller à une heure comme celle à laquelle ils l'ont fait. Je ne parlerai pas du fait d'être emmené de Douala pour Yaoundé contre mon gré. Pour l'instant, je crois que la justice va dire le droit. Je demande aux fidèles de la paroisse Pentecôte de New-Town aéroport et ceux de l'église catholique qu'est au Cameroun de garder foi en Dieu. Tout rentrera dans l'ordre.»
Source: http://www.cameroon-info.net/stories/0,31326,@,douala-un-...
Commentaire
Je dois préciser qu'il est du devoir de l'Etat de veiller au maintien de l'ordre public et à la sécurité des citoyens. Dans le cadre de ce commentaire, je ne remets pas en cause l'action publique. Elle est même à encourager au cas où l'infration venait d'être avérée. Je m'insurge contre la violation de la procédure d'arrestation appliquée au Cameroun. Je dénonce la confusion régulière dans ce beau pays de l'Afrique Centrale entre le suspect, l'inculpé, le prévenu, l'accusé et le coupable. Dans la pratique, la Police judiciaire assimile malheureusement tout le monde au coupable à son arrestation en violation de l'Article 8 qui prévoit en son alinéa 1 que "Toute personne suspectée d'avoir commis une infraction est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui seront assurées". Et rien n'est fait pour améliorer la situation depuis bientôt sept (07) ans. De plus, le prête comme les autres citoyens victimes, a été arrêté visiblement sans avoir été notifié comme le prévoit l'article 39: "La notification consiste à porter un acte juridique à la connaissance d'une personne. Elle est faite par voie administrative, notamment par lettre recommandée avec accusé de réception ou par un officier de police judiciaire, lequel en dresse procès-verbal". Or, on apprend que le prêtre a reçu plutôt des menaces téléphoniques de la part de la gendarmerie avant son arrestation. Par ailleurs, l'article 31 oblige celui qui procède à une arrestation à décliner son identité, à informer la personne du motif de l'arrestation et le cas échéant, à permettre à un tiers d'accompagner la personne arrêtée afin de s'assurer du lieu où elle est conduite. A en croire l'archévêque de Douala, Monseigneur Kléda, le prêtre a été enlevé puisque lui, son employeur, n'a pas de ses nouvelles. D'ailleurs, l'acte s'est déroulé un mardi, jour ouvrable, à 20h52 en violation de l'article 99 qui prévoit que "Toute perquisition dans un lieu privé est interdite entre dix-huit (18) heures et six (6) heures du matin". Il faut signaler de façon générale que dans ce pays, les arrestations et les perquisitions se confondent. Plus grave, l'homme d'église a été déporté à Yaoundé dans une autre région et dans une autre juridiction à 280 Kilomètres du lieu de l'infration en violation des articles 19, 78, 88 et 140 qui définissent le ressort territorial de la Police judiciaire, du Juge d'instruction et du Procureur de la République. L'article 88 prévoit en son alinéa 1 que "Les officiers de police judiciaire exercent leurs fonctions dans les limites territoriales définies par la réglementation en vigueur" et l'article 140 en son alinéa 1 poursuit: "Est compétent, le Procureur de la République : a) soit du lieu de commission de l'infraction ; b) soit du lieu du domicile du suspect ; c) soit du lieu d'arrestation du suspect". Or tout cela se trouve à Douala où il existe un Procureur de la République compétent. Il est disproportionné d'envisager que les services centraux (de la capitale Yaoundé) aient ouvert une enquête contre un prêtre à la capitale économique Douala (à 280 km) pour une simple affaire présumée de séquestration.
Tout cela témoigne de la persistance d'un malaise judiciaire au Cameroun qui mérite d'être porté à l'attention de l'opinion internationale.
22:13 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cameroun, droits de l'homme, violation



